Paysages de Mégalithes de Carnac et du Sud Morbihan

Actualités

23 janvier 2015

Abattre un arbre comme un homme du Néolithique : Mise en pratique 3/3

Emmanuel Guerton et Philippe Guillonet mettent en pratique l’abattage d’un arbre avec des outils néolithiques. Retrouvez  dans la vidéo l’opération des deux médiateurs.

Emmanuel Guerton et Philippe Guillonet sont tous deux médiateurs du patrimoine. Ce métier consiste à faire le lien entre les scientifiques (archéologues) et le grand public. Ces deux passionnés recréent les outils et les gestes  des hommes du Néolithique.

Ils vont ainsi répondre à nos questions... 

Et en termes de temps ?

PG : En utilisant ces outils, nous entrons dans un tout autre rapport au temps. Si abattre un arbre peut prendre aujourd’hui quelques minutes, à l’époque, cela nécessitait de nombreuses heures. De plus, pour couper un arbre de dix centimètres de diamètre, dix minutes sont nécessaires, alors que pour un tronc de quarante centimètres, le rapport est exponentiel, il sera coupé en quatre à six heures. Il convient donc de s’approprier la gestuelle adéquate, de gérer l’effort sur la durée, et de faire preuve de patience !

EG : On entend parfois des remarques comme : “Ils n’avaient que ça à faire de leurs journées !” Nous n’en savons rien, et il est impossible de penser comme un néolithique, mais certains exemples ethnographiques nous permettent d'imaginer la manière dont la fabrication des outils devait rythmer leur quotidien. Cela nous nous aide également à s’interroger sur leurs motivations et leurs besoins.

Comment décrivez-vous les hommes du néolithique au grand public ?

PG : Les néolithiques sont comme nous, ce ne sont ni plus ni moins que nos lointains ancêtres avec leurs humeurs, leurs joies, leurs chagrins, leurs amours, etc. 

EG : Avec également une organisation sociale, une hiérarchie dans la vie et une hiérarchie dans la mort, comme en témoignent ces monumentaux sites mégalithiques. Les néolithiques ont établi les fondements de notre propre organisation sociale. D’un point de vue territorial tout d’abord, puisqu’ils inventent des sociétés sédentaires, ancrées sur un secteur certainement bien défini. Avec eux apparaît la notion de propriété et de découpage territorial sous forme de villages, d'habitations, de champs, etc. D’un point de vue économique également, puisqu’ils s’organisent autour de l’agriculture et de l’élevage. La spécialisation technique semble aussi avoir contribué à la hiérarchisation sociale : un tailleur de pierre n’avait peut-être pas le même statut qu’un paysan.

D’autre part, je pense qu’il ne faut pas voir ces communautés néolithiques comme refermées sur elles-mêmes, vivant en totale autarcie. La diversité environnementale des territoires et la diversité des hommes qui les peuplaient a permis l’émergence de savoir-faire spécifiques très localisés et la création de réseaux d’échanges. Les haches polies de Plussulien en sont un bon exemple. On connaît également des sites spécialisés d'extraction de silex – Bretteville-le-Rabet, Jablines, Ri –, des sites de production de grandes lames de silex – Spiennes, Vassieux-en-Vercors –, les carrières de variscite de la région de Barcelone, etc. Ainsi, à partir d’un outil et de son utilisation, on permet au public de mieux appréhender le mode de vie et l'environnement néolithique. Ces sujets bousculent et amènent à réfléchir sur le sens de la vie, sur notre rapport au temps et à l’histoire.

Les explications en vidéo :