Paysages de Mégalithes de Carnac et du Sud Morbihan

Mégalithes du Morbihan

Un patrimoine unique

Le paysage façonné par l’architecture mégalithique a franchi les époques depuis le Ve millénaire avant notre ère. Imposante ou non, cette forme architecturale demeure le symbole des fondements des premières sociétés structurées et hiérarchisées d’agriculteurs et d’éleveurs. Elle marque culturellement et symboliquement le paysage du Morbihan, et témoigne du savoir, des techniques et de l’art des peuples néolithiques.

Le Bien présenté au Patrimoine mondial 

Le périmètre initial du projet de Paysages de mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan englobe 500 sites mégalithiques sur plus de 100 km2et 26 communes, sur le pourtour du golfe du Morbihan et de la baie de Quiberon.

Les attributs 

Les paysages de mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan sont remarquables. En quoi précisément ? Quels en sont les éléments constitutifs qui les rendent exceptionnels ? Qu’est-ce qui en détermine l’intérêt à l’échelle du Patrimoine mondial ?

Le conseil scientifique international de l’association a étudié la question au regard des connaissances sur le mégalithisme à l’échelle mondiale et ainsi déterminé ce qu’il désigne comme des attributs. 

Ces attributs sont donc les éléments exceptionnels des paysages qui se distinguent et en font la singularité et la valeur universelle.

Un attribut s’observe pour ce qu’il est, mais aussi et avant tout, comme élément constitutif d’un paysage formé d’autres attributs dont l’association le rend unique.

 

1-    Les ouvrages de stèle : 

Le mot stèle désigne les pierres dressées, quelle que soit leur configuration : monolithes, menhirs, alignements, enceintes.

Les ouvrages de stèle de Carnac et des rives du Morbihan sont exceptionnels à l’échelle mondiale par leur ampleur : 150 ouvrages de plus d’une dizaine de milliers de stèles dressées, occupant presque en continu 38 000 hectares. 

Imaginez la manutention de plusieurs milliers de tonnes de pierres pour réaliser ces ouvrages. Quel exploit physique et technique ! D’autant que certaines pierres possèdent des masses et des hauteurs exceptionnelles, jusqu’à 330 tonnes et 21 mètres pour la plus grande connue aujourd’hui. Des gabarits, du reste, inégalés en Europe. 

2-    Les tombeaux : 

Ils s’observent isolés, en tombes individuelles, ou regroupés au sein d’un monument funéraire (tertres, tumulus) rond ou allongé. Certains tombeaux sont intégrés à l’organisation d’un alignement de pierres. Les tombeaux présentent des structures architecturales complexes qui remplissent un rôle pratique et participent de tout un dispositif symbolique. 

Les tombeaux de Carnac et des rives du Morbihan sont exceptionnels à l’échelle mondiale par leur diversité architecturale, par leur abondance et par les dépositions funéraires (viatiques) qui accompagnaient les défunts.  

3-    L’art pariétal : 

Nombre d’affleurements, de stèle et de tombeaux autour des rives du Morbihan sont gravés. 

Ces gravures représentent des objets (haches en jade, bracelets en pierre, arcs et flèches, bâtons de jet ; bateaux), des animaux sauvages (cétacés, serpents, oiseaux) et domestiques (caprins, bovins), de rares représentations humaines et des figures géométriques. Le monument de Gavrinis cumule à lui seul près d’1 km linéaire de gravures sur les parois de la tombe.

L’art pariétal de Carnac et des rives du Morbihan est exceptionnel à l’échelle mondiale par la grande variété des motifs représentés et par leur originalité.  Les motifs retrouvés à Carnac et dans le sud Morbihan réunissent la moitié du corpus français des VIIe et VIe millénaires avant le présent.

Certains motifs appartiennent à un registre particulier et sans équivalent. La représentation de la hache nue ou emmanchée est une spécificité de la région, unique en Europe par le nombre d’exemplaires et leurs dimensions. 

Ces gravures, loin d’être de simples inscriptions à but ornemental, sont positionnées et assemblées selon des codes graphiques prédéfinis, suivant un programme iconographique retrouvé de dalle en dalle. 

4-    Les dépositions : 

Le terme qualifie les objets retrouvés enfouis ou immergés en des endroits spécifiques du paysage (affleurements rocheux, gués, marais), mis en scène autour des corps dans les tombeaux ou enfouis près de stèles.

Il s’agit essentiellement d’armes (lames de haches polies) et de parures (anneaux de bras, colliers en roches alpine et andalouse). Certains sont composés de matériaux rares. 

Les dépositions de Carnac et des rives du Morbihan sont exceptionnelles à l’échelle mondiale par leur accumulation et l’origine de certains matériaux, rares. 

Les perles et pendeloques réalisées en callaïs (variscite et turquoise) représentent plus de la moitié de toutes les découvertes faites dans la France du Nord. 

Ces objets, parfois volontairement détruits, s’éloignent de leur fonction première, et s’apparentent à des offrandes, ajoutant une force symbolique hors du commun aux paysages. 

5-    Le paysage de littoral :

L’ensemble des éléments mégalithiques remarquables se dispose en bordure du golfe du Morbihan et de la baie de Quiberon.

Le territoire d’intérêt se trouvait ainsi, à la fois, naturellement protégé par cette petite mer (en breton Mor/Mer, bihan/petit) et, à la fois, ouvertaux échanges avec d’autres rives. 

Ce paysage de littoral est exceptionnel à l’échelle mondiale par les transports dont il a été le terrain au Néolithique : monolithes, matériaux, pierres précieuses.

De plus, cette mer avançait rapidement à l’époque du mégalithisme, jusqu’à envahir des plaines littorales, à l’échelle d’une génération. Cette particularité a certainement marqué les systèmes de croyances des hommes et femmes vivant sur ces territoires. 

 

La Déclaration de Valeur Universelle Exceptionnelle

L’inscription d’un site ou d’un bien au Patrimoine mondial de l’UNESCO dépend de sa valeur universelle exceptionnelle. Laquelle s’appréhende au regard de critères et de considérations établis et évalués par l’UNESCO.

La déclaration 

L’établissement de cette valeur universelle exceptionnelle (VUE) représente ainsi la clé de voute de la candidature.

Concrètement, l’association rédige une déclaration de valeur universelle exceptionnelle (DVUE) qui détermine précisément :

  • le bien présenté (les attributs des paysages), 
  • en quoi il est exceptionnel à l’échelle mondiale, 
  • et comment il répond aux critères et considérations posés par l’UNESCO. 

Ce document, très formel, a été rédigé par le conseil scientifique international de l’association.

Les scientifiques ont ainsi précisé les éléments constitutifs et exceptionnels des paysages, qualifiés d’attributs. Pour chacun, la valeur universelle exceptionnelle est démontrée et établie au regard des connaissances sur le mégalithisme et de comparaison avec une cinquantaine d’autres sites dans le monde comme Stonehenge en Grande-Bretagne par exemple.

Les membres du comité scientifique ont précisé en quoi les attributs des paysages de mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan répondent aux critères d’évaluation et considérations de l’UNESCO. 

La préservation actuelle et future du site fait d’ailleurs partie des considérations. Elle s’impose comme raisonnable et raisonnée.

La DVUE in extenso

« Le complexe architectural et monumental de plus de 500 sites mégalithiques qui marque les paysages de Carnac et des rives du Morbihan témoigne de l’existence d’un pôle de pouvoir et de richesse majeur au temps des premières sociétés agropastorales, entre 7000 et 5000 ans avant le présent. 

À cette concentration extraordinaire d’architectures exceptionnelles et d’une grande diversité se superpose une étonnante abondance de symboles gravés sur stèles et sur les parois des tombeaux, et une accumulation inédite d’objets polis d’origine lointaine. Cet assemblage dépasse ainsi la seule monumentalité pour former, avec l’art pariétal et les dépôts d’objets mobiliers, un vaste système complexe — réparti en plusieurs ensembles — d’une force symbolique d’autant plus magistrale qu’il s’inscrit dans la longue durée (plus de deux mille ans) et structure un paysage tout aussi original. 

Ce territoire d’une grande richesse environnementale, constitué d’un estuaire au confluent de deux rivières et d’une large baie maritime bien protégée, forme le berceau de grands mythes autour du mégalithisme. 

Toute cette région témoigne enfin d’une longue tradition de recherches ayant débouché précocement sur la mise en place de mesures de protection et de mise en valeur de ce patrimoine. »

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