Une période clé de l’histoire de l’humanité

Premières architectures monumentales de l’humanité, les mégalithes ont revêtu une importance particulière en Europe, où les peuples néolithiques ont commencé à les ériger dès le Ve millénaire avant notre ère.

Au cours du Néolithique, l’agriculture et l’élevage se sont diffusés au fil des migrations dans les différentes régions d’Europe, à des rythmes variables. Ces changements de modes de vie ont favorisé l’émergence de sociétés complexes et hiérarchisées dont les constructions massives en sont encore les témoins dans le paysage. Ces architectures colossales et présentes en grand nombre le long de la façade Atlantique et plus spécialement dans le sud Morbihan sont un des symboles de la Préhistoire. À vocation funéraire, cultuelle ou symbolique, ces monuments impressionnants sont aussi des marqueurs structurants du territoire.


La Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE)

« La Valeur universelle exceptionnelle signifie une importance culturelle et/ou naturelle tellement exceptionnelle qu’elle transcende les frontières nationales et qu’elle présente le même caractère inestimable pour les générations actuelles et futures de l’ensemble de l’humanité. »

UNESCO, Comité intergouvernemental pour la protection du Patrimoine mondial, culturel et naturel, Orientation devant guider la mise en œuvre de la Convention du Patrimoine mondial, Centre du Patrimoine mondial, 10 juillet 2019, La Valeur Universelle Exceptionnelle, p. 21.

Pour être inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial, un Bien doit prouver sa Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE) et satisfaire au moins 1 des 10 critères de sélection définis par le Comité du Patrimoine mondial. Pour les Mégalithes de Carnac et de rives du Morbihan, ce sont les 2 critères suivants : 
Critère (i) : Chef d’oeuvre du génie créateur humain
Critère (iv) : Exemple d’un type de construction ou de paysage illustrant une période de l’histoire humaine. 

Situé en Bretagne, dans l’ouest de la France, dans la zone qui s’étend entre la presqu’île de Quiberon et le golfe du Morbihan, ce bien en série composé de quatre éléments constitutifs comprend une forte densité de structures mégalithiques qui témoignent de l’architecture monumentale néolithique érigée progressivement sur plus de deux millénaires (d’environ 5000 à 2300 avant notre ère) en relation avec les spécificités topographiques du territoire – tant le relief que l’hydrographie.
Diverses structures monumentales en pierre, telles que des menhirs, des alignements de pierres dressées (ou stèles), des enceintes de monolithes
(cromlechs), des cairns, et une architecture funéraire de différents types – tels que des tombes à couloir (dolmens) ou des cistes – avec des tumulus ou de simples tertres, ont été construits à des endroits spécifiques, l’intervisibilité entre ces structures jouant un rôle dans leur emplacement.
Le bien présente également un riche répertoire d’art pariétal gravé sur des dalles de pierre avec des représentations d’objets, d’animaux, ainsi que des formes abstraites, le tout constituant un répertoire iconographique symbolique qui a dû être exécuté selon un code prédéfini. Bien qu’il ne soit pas encore possible d’expliquer avec certitude les raisons de l’érection de ces structures, la logique de leur implantation dans le paysage et les liens intentionnels entre elles et le milieu environnant, cet ensemble mégalithique dénote une perception symbolique du
paysage côtier et riverain environnant par les populations néolithiques qui ont peuplé cette partie de la côte atlantique européenne.
Les dépositions associées d’objets précieux faits de matériaux rares d’origine lointaine et enfouis dans des lieux particuliers du paysage, contribuent à la compréhension de la nature symbolique de l’ensemble mégalithique.



Critère (i) :
Par leur ampleur, leur densité et leur diversité, les Mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan constituent un témoignage exceptionnel de la sophistication technique et de l’habileté des communautés néolithiques qui leur ont permis d’extraire, de transporter et de manipuler des pierres monumentales et de la terre pour créer un espace symbolique complexe qui révèle une relation spécifique des populations à leur environnement. Un riche répertoire de gravures d’une densité remarquable comprend un art figuratif rarement documenté dans les contextes mégalithiques et constitue l’un des premiers exemples de ce type en Europe occidentale.

Critère (iv) :
Les Mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan, répartis sur une vaste zone, sont un exemple exceptionnel d’ensemble architectural illustrant la transition vers une nouvelle forme de l’interaction humaine avec l’environnement, impliquant la construction de structures de taille considérable présentant une orientation spécifique par rapport aux caractéristiques topographiques, une intervisibilité et une prise en compte de la géomorphologie du territoire. Le mégalithisme du Morbihan témoigne de plus de 2 000 ans d’activité humaine dans ce territoire et marque une étape importante, dans l’histoire humaine, des transformations idéologiques qui ont accompagné le processus de néolithisation en Europe occidentale.

Les attributs du Bien

Alignements du Menec ©Fanch Galivel
Alignements du Menec ©Fanch Galivel

Attribut 1

Les ouvrages de stèles

Le fait de dresser un menhir, ou stèle, s’observe dans de nombreuses régions du monde, à différentes époques. Mais ce secteur du Morbihan est exceptionnel par la présence de plus d’une dizaine de milliers de menhirs, essentiellement de façon linéaire. L’existence de ces grands alignements rend ce territoire unique au monde. A ce jour, plus de 12 000 stèles dressées ont été recensées sur le territoire du sud Morbihan. 

Les menhirs (stèles) : parfois isolés, mais les recherches montrent qu’ils correspondent le plus souvent à l’ultime vestige d’ouvrages plus complexes aujourd’hui disparus ou enfouis.

Les alignements : cette concentration d’alignements sur un territoire restreint est unique. Disposés à la jonction de différents caractères du paysage, ils s’appuient sur des singularités géographiques pour limiter et subdiviser l’espace, en association avec des tumulus.  

Les enceintes (cromlechs) : ces pierres disposées en lignes courbes ou quadrangulaires se retrouvent dans différentes régions du monde et présentent ici la particularité, pour la majorité d’entre elles, d’être localisées à proximité des « alignements ».

Ile aux Moines ©Fanch Galivel.jpg
Ile aux Moines ©Fanch Galivel.jpg

Attribut 2
Les tombeaux

Des architectures funéraires marquent ce territoire, souvent associées aux ouvrages de stèles. Il s’agit aussi bien de tombes individuelles (sous tertres ronds ou allongés) que de tombes à couloir généralement destinées à plusieurs personnes. Leur diversité architecturale et leur abondance est ici hors du commun.

Les deux catégories de tombeaux :
Les dolmens
C’est la construction funéraire la plus commune à toute l’Europe néolithique. Elle présente une vaste typologie allant des tombes à couloir et chambre simple, celles à couloir avec cellules latérales, celles avec chambres compartimentées, avec chambres évasées jusqu’aux tombes mégalithiques transceptées, coudées, à vestibule ou encore à entrée latérale. Un dolmen était autrefois recouvert d’un tumulus qui a disparu.

Les tumulus
Ce mot latin désigne un monument qui recouvre généralement une ou plusieurs tombes. Ces monuments ont souvent été affectés par des processus destructeurs qui ont contribué à leur disparition partielle ou totale laissant apparaître les parois des tombes internes. Ils peuvent aussi recouvrir des fosses ou petites constructions en ciste. Près de 90 tombes sous tertre sur le territoire, dont 3 tumulus carnacéens qui sont les plus anciens et les plus imposants d’Europe : celui de Saint-Michel à Carnac, de Mané Er Hroëck à Locmariaquer et de Tumiac à Arzon.

Gavrinis ©Eric Frotier de Bagneux
Gavrinis ©Eric Frotier de Bagneux

Attribut 3
L’art pariétal

Avec de nombreuses dalles gravées dévoilant la grande diversité des expressions graphiques, les affleurements, stèles et tombeaux du secteur géographique regroupent la moitié du corpus français pour les Ve et IVe millénaires avant notre ère. Les affleurements, les stèles et tombeaux qu’on y trouve regroupent la moitié du corpus français pour les Ve et IVe millénaires avant notre ère.

La région bénéficie d’une iconographie commune et bien spécifique, avec notamment la représentation de haches. Les signes gravés comprennent aussi des représentations d’objets (bijoux, bateaux), d’animaux sauvages (cétacés, serpents,  oiseaux) et domestiques (bovins, caprins), de rares figures anthropologiques et figurations géométriques.

HOUAT Menhir Portz Plouz ©Andre Polkowski
HOUAT Menhir Portz Plouz ©Andre Polkowski

Attribut 4
Le paysage de littoral

Le Bien se situe au cœur d’une étendue d’eau fermée et naturellement protégée qu’est le golfe du Morbihan. Il est aussi perméable aux échanges entre toutes les rives de cette « Petite Mer », (Mor Bihan), qui vont être propices aux échanges plus lointains. 
 
C’est la présence de la mer et de cours d’eau dans ce secteur qui a favorisé l’installation et le développement économique, social et culturel des populations néolithiques. Influencés par le relief et ces littoraux, les mégalithes érigés au Néolithique ont tapissé un territoire restreint pendant plusieurs millénaires, le structurant à une échelle unique au monde. 

Aujourd’hui, il ne reste que des bribes de ce paysage et ces structures extraordinaires, le sens profond nous échappant encore, laissant libre cours à l’imagination de chacun.

Haches ©L.RANNOU
Haches ©L.RANNOU

Attribut 5
Les dépositions

Une accumulation inédite d’objets polis dans des matériaux rares, d’origine lointaine, singularise ce secteur géographique. Ce sont des armes, notamment des lames de haches polies en jadéite et variscite, et des parures en callaïs (variscite et turquoise), comme des anneaux de bras ou des colliers. Ces dernières représentant plus de la moitié des découvertes faites dans le nord de la France. 

Enfouis ou immergés dans le paysage, ils sont mis en scène autour des corps dans les tombeaux ou au contact de menhirs. Ces objets, dont la fonction s’éloigne de leur première fonction pratique, s’apparentent alors à des offrandes, ajoutant à l’architecture une force symbolique hors du commun.


Le Bien en bref

Situé en Bretagne, Les mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan est un bien en série qui comprend une forte densité de structures mégalithiques érigées durant la période néolithique – entre 5000 et 2300 avant notre ère, en tenant compte des spécificités géomorphologiques du territoire. Ces structures monumentales en pierre, alignées selon la topographie et l’hydrographie locales, témoignent d’une compréhension fine du milieu environnant. Le riche répertoire de gravures et d’objets précieux témoignent de l’occupation de la côte atlantique européenne par des sociétés qui ont développé une relation complexe avec leur environnement naturel.

Plateau de Carnac – Bassin du Gouyanzeur (Aire 1)

Bien 8 702 ha

Presqu'île de Quiberon – Bassin de Kerboulevin (Aire 2)

Bien 1 054 ha

Confluence des trois rivières (Aire 3)

8 956 ha

Confluence des trois rivières (Aire 3)

886 ha

Total 19 598 ha

Zone tampon 98 029 ha